La solidarité paysanne pour livrer des fourrages

Une association est née pour faire face aux demandes de fourrages en Vendée. Une action au soutien de l'ensemble de la profession agricole, au-delà des étiquettes syndicales.

L'initiative

C'est comme un jeu de dominos. Au début, il y a la sécheresse des mois d'avril, mai, juin qui a pour conséquence une récolte dérisoire en paille et en foin. Les besoins, eux, sont les mêmes. Et les stocks s'épuisent à force d'années sèches (2009, 2010).

Ajoutez un prix en matières premières qui flambe (comme le blé) et la paille devient d'or : elle sert pour les litières, mais aussi pour l'alimentation du bétail. C'est le cas en Vendée, forte terre d'éleveurs.

Il y a plusieurs façons de répondre à l'urgence. L'extrême, c'est la décapitalisation, c'est-à-dire la vente de bêtes. Et il y a l'entraide, quand les fournisseurs habituels (Cavac, négociants...) peinent à faire face à la demande exponentielle. « À travers nos réseaux, nous avons vite pointé une demande de 700 tonnes de pailles », explique Christian Drouin.

Cet éleveur de bovins aux Essarts est le président de la jeune association Solidarité fourrages Vendée. Elle agit en urgence car c'est maintenant qu'il faut le faire : les céréaliers ont besoin de libérer leurs parcelles et les stocks de paille doivent être rentrés avant qu'ils ne mouillent trop et ne soient plus utilisables.

250 tonnes déjà distribuées

Ces deux derniers mois, les membres de l'association s'activent pour trouver des solutions. Elle s'appuie sur ses relations. James Renaud, éleveur caprin à L'Aiguillon-sur-Vie, a fait appel à des amis, dans le Loir-et-Cher (près de Vendôme). « Ils ont une petite ferme céréalière de 90 hectares. » Au lieu de broyer la paille, servant à amender les sols, ils la vendent aux agriculteurs vendéens. Avec un apport de 80 tonnes de pailles bio venant des Yvelines, Solidarité fourrages Vendée va faire face à la demande. « Le prix se situera en dessous de 100 € la tonne. Il sera lissé pour tout le monde. Nous demandons un acompte aux demandeurs. » Un tiers de la paille est déjà dispatchée entre les exploitations.

François de Grammont, qui fait du lait bio à Beaufou, profite de l'entraide associative. Vendredi, seize tonnes sont arrivées chez lui. Un premier arrivage pour les besoins de ses 70 laitières. Il a fait appel aussi aux fournisseurs habituels et à sa maigre production de l'été.

Un gros investissement

Évidemment, tout cela demande un sacré boulot aux membres de Solidarité fourrages Vendée, qui sont en contact permanent avec les producteurs, les transporteurs. S'ils se sont constitués en association loi 1901, c'est pour former une structure collective qui permettra aux agriculteurs de prétendre aux aides aux transports.

L'investissement en temps est donc conséquent pour ceux qui veulent oeuvrer pour l'ensemble de la profession, au-delà de toutes étiquettes syndicales. C'est d'ailleurs là un regret de l'association. « Nous avons alerté à plusieurs reprises la chambre d'agriculture, qui est la maison de tout le monde, pour qu'elle effectue ce travail solidaire. Est-ce à des bénévoles de faire cela ? »

Historiquement, rappelle le président de la chambre d'agriculture, Christian Aimé, « ce sont les syndicats ou associations qui oeuvrent. Je sais que cela représente du travail. La chambre, elle, va être facilitatrice, notamment par la délivrance de bons de transport. »

La FDSEA, syndicat majoritaire, effectue chaque année une opération « paille » pour ses adhérents. Pour les besoins 2011, 20 000 tonnes ont été commandées (elles sont en cours de livraison) pour servir à 450 exploitants. Cette paille, souligne le président Joël Limouzin, était vouée au broyage.

De son côté, Solidarité fourrages Vendée pense « qu'elle est faite pour durer. Nous répondrons à d'autres solidarités paysannes, si nécessaire. »

Loïc TISSOT.  Ouest-France