Les plantes tolérantes aux herbicides : quels impacts?

Dossier de Res-OGM INFO:

Vous avez sans doute entendu parler d’une nouvelle génération de tournesols, tolérant un herbicide, qui faciliterait le désherbage. Leur culture représentait 30% des cultures de tournesols de Rhône-Alpes en 2011. Ces tournesols sont montrés du doigt par certains comme étant des OGM qui ne disent pas leur nom ; pour d’autres ils sont considérés comme la solution pour lutter contre l’ambroisie. Qu’en est-il vraiment ?

Une innovation à court terme

Depuis une quinzaine d’années, la stratégie des semenciers est de développer des plantes tolérantes aux herbicides (TH) le plus souvent brevetées. On pense tout d’abord aux OGM, obtenus par transgénèse, comme le soja que l’on importe massivement pour nourrir nos animaux. Aujourd’hui les firmes utilisent également la mutagenèse et le croisement avec des plantes sauvages tolérantes à un herbicide, pour développer des tournesols et colzas.
Ces plantes «TH» sont présentées comme l’innovation incontournable pour répondre aux problèmes de gestion des adventices, mais elles ne font qu’accroitre la dépendance à la chimie alors qu’il est prévu que les agriculteurs diminuent l’utilisation des
produits phyto de 50 % à l’horizon 2018 (Plan EcoPhyto 2018). Avec les plantes tolérantes aux herbicides, on constate une augmentation de l’utilisation des herbicides : la consommation mondiale de glyphosate qui est passé de 200 000 tonnes en 2000 à
un million de tonnes en 2010 !

Le CNRS et l’INRA dans leur récente étude sur les Végétaux Tolérants aux Herbicides (VTH) attirent l’attention sur l’apparition de 200 espèces végétales devenues résistantes à un herbicide. Pour les scientifiques, ce phénomène aboutit à « la remise en cause de la pérennité d’une telle innovation » * !
Dans un contexte à venir de raréfaction des ressources fossiles, il serait peut-être temps de développer des stratégies alternatives, qui permettrait aussi d’éviter la pollution des eaux (qui coûte en France chaque année entre 1 000 et 1 500 millions d’euros aux ménages - soit presque 10% de la facture d’eau2) et de préserver la santé des agriculteurs.

 

La mutagenèse est bien une technique OGM

Le colza Clearfield et le tournesol Expresssun, plantes obtenues par mutagenèse, sont bien des OGM (organismes génétiquement modifiés), selon la Directive Européenne 2001-183. Mais contrairement à la transgénèse, elles échappent à l’application de la Directive, et ne sont pas soumises à l’Autorisation de Mise sur le Marché spécifique, exigeant notamment une évaluation de la toxicité sur des rats pendant 3 mois, une séparation des filières et un étiquetage obligatoire.


La mutagenèse comporte des risques pour la plante et l’environnement

La mutagenèse consiste à modifier le patrimoine génétique d’une plante, par utilisation d’agents physiques ou chimiques (herbicides…) ou par rayons (gamma …). La mutagenèse permet d’accélérer le processus de mutation mais fait subir aux plantes des
chocs non maîtrisés, qui peuvent provoquer une instabilité génomique.

* M. Beckert, Y. Dessaux, C. Charlier, H. Darmency, C. Richard, I. Savini, A. Tibi (éditeurs), 2011. Les variétés végétales tolérantes
aux herbicides. Effets agronomiques, environnementaux, socio-économiques. Expertise scientifique collective, synthèse du rapport,
CNRS-INRA (France), 84 p.

http://www.cnrs.fr/inee/communication/actus/docs/VTH-synth_totale-nov2011.pdf